Le Secret Du Chapeau Panama

Le Panama est sans aucun doute le chapeau de paille le plus connu au monde. Il est à la fois un symbole de prestige et le fruit d'une tradition artisanale.
Chapeau Panama

Image par Lamarquezahats - Wikimedia Commons [CC BY-SA 4.0]

 

Le chapeau Panama est l'un des accessoires de mode les plus emblématiques, les plus intemporels et les plus luxueux au monde. Il est indispensable aux hommes et aux femmes élégants. Cependant, malgré sa renommée et sa réputation, ce couvre-chef a quelque chose de mystérieux. 

D'où viennent les chapeaux Panama

Un premier fait surprenant est que le chapeau Panama est en réalité originaire d'Équateur. Découvrez ci-dessous pourquoi ce chapeau équatorien est appelé Panama.

1. La ruée vers l'or

Orpailleurs Portant Des Chapeaux

La ruée vers l'or en 1858 - Image Wikimedia Commons

Comme nous le savons, le Panama est le territoire le plus étroit de l'Amérique, séparant les océans Pacifique et Atlantique. Au XIXe siècle, ce pays était une région de Colombie, elle-même appelée Nouvelle-Grenade. Il s'agissait donc d'un lieu de passage important, avec beaucoup de circulation à pied.

En effet, à cette époque, il n'y avait pas d'avions. Par conséquent, tous ceux qui voyageaient de l'est vers l'ouest des États-Unis, devaient choisir entre :

  • Voyager par voie terrestre ;
  • Prendre un bateau qui contournait la pointe de l'Amérique du Sud ;
  • Prendre un bateau jusqu'à Panama, traverser l'isthme à cheval ou à pied et reprendre un bateau de l'autre côté.

La dernière option était non seulement la plus rapide, mais aussi la plus sûre des trois.

Carte Amerique 18e siecle

Une carte de l'Amérique à la fin du XVIIIe siècle - Image Wikimedia Commons

Imaginez maintenant que vous vous trouvez en Équateur au milieu du XIXe siècle. Vous fabriquez des chapeaux de paille et vous souhaitez les vendre. Cependant, l'Équateur est un pays peu fréquenté. Encore aujourd'hui, ce pays n'est ni un grand lieu de passage, ni une destination touristique, ni une destination commerciale.

Vous réfléchissez alors à comment vous y prendre pour trouver de nouveaux clients pour vos chapeaux. En regardant une carte, vous remarquez qu'à quelques centaines de kilomètres au nord se trouve le Panama. En tant qu'homme d'affaires avisé, vous emmenez donc un lot de chapeaux au Panama.

Vous vendez vos chapeaux à un bon rythme, les affaires vont bon train. Puis, le nombre de personnes transitant par Panama explose de façon exponentielle. C'est la ruée vers l'or en Californie. Vos affaires deviennent donc excellentes.

Ruee Vers l Or

En effet, les chapeaux de paille Panama sont conçus pour se protéger du soleil tropical. De plus, ils sont légers, solides et attrayants, autant de qualités qui font exploser la demande. Les chercheurs d'or savent qu'ils investissent dans un couvre-chef qui leur sera utile sous le soleil californien.

Le bouche-à-oreille fait son travail et les clients indiquent où ils ont acheté leur couvre-chef à ceux qui leur demandent. C'est ainsi que "Panama" devient officieusement le nom de ce chapeau de paille équatorien.

2. La construction du canal de Panama

Un autre élément est venu confirmer le nom "Panama" : la construction du canal. En effet, les journaux d'époque publiaient des photos sur l'avancement des travaux. On y voyait déjà des ouvriers portant le célèbre chapeau, pendant qu'ils s'activaient à creuser.

Roosevelt Canal Panama

Le président américain Théodore Roosevelt sur le chantier du canal de Panama - Image Wikimedia Commons

Cependant, c'est une photo de Théodore Roosevelt qui a suscité l'émoi des américains. En 1906, alors que la construction du canal battait son plein, le président des États-Unis vient inspecter les travaux. Il est alors immortalisé aux commandes d'une pelleteuse gigantesque, avec un chapeau Panama sur la tête.

Le chapeau étant en vogue, on le voyait aussi sur les têtes des passagers des bateaux empruntant le canal. Bref, vous l'aurez compris, la renommée du célèbre couvre-chef était faite et elle était étroitement associée au Panama.

Histoire du chapeau Panama

Montecristi et Cuenca sont aujourd'hui les deux villes produisant des chapeaux Panama en Équateur. La plus célèbre est Montecristi, sur la côte, car c'est là que sont fabriqués les couvre-chefs de la meilleure qualité. La seconde est Cuenca, située dans la Cordillère des Andes.

1. La découverte de la paille toquilla

Les européens sont arrivés en Équateur au début du XVIe siècle, en l'an 1526. À cette époque, les habitants des zones côtières portaient des chapeaux de paille au style caractéristique. De plus, des figurines datant du quatrième millénaire avant notre ère ont été découvertes avec un couvre-chef similaire.

Les chapeaux étaient alors utilisés par les agriculteurs pour se protéger du soleil. Ils étaient appréciés pour leur légèreté, leur praticité et leur robustesse.

Les espagnols s'aperçoivent alors que le savoir-faire local a de la valeur. En raison de la ressemblance du chapeau avec une toque, ils nomment la fibre servant à le fabriquer "paille toquilla". C'est ainsi que naissent les chapeaux de paille toquilla.

Tissage Chapeau Toquilla

La fabrication des couvre-chefs toquilla est un savoir-faire classé par l'UNESCO - Image par hatsfromtheheart.ec - Wikimedia Commons [CC BY-SA 4.0]

2. La production à grande échelle

Suite à la colonisation, le tissage des chapeaux toquilla prend une nouvelle dimension. Au XVIe siècle, la fabrication est organisée sous la forme d'une industrie artisanale sur la côte équatorienne. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, cette production continue de croitre et prend une dimension industrielle.

Le tissage de la province équatorienne de Manabi se démarque, dans les villes de Montecristi et de Jipijapa. En effet, les chapeaux y sont plus fins et de meilleure qualité. Ces deux villes deviennent donc le cœur de la production, tirant la demande vers le haut. En 1800, l'export est limité au Pérou, à la Colombie et au Chili.

C'est alors qu'intervient Manuel Alfaro, un espagnol qui émigre en Équateur en 1835. Ce dernier développe un réseau de fournisseurs, de tisserands et autres artisans. Cela lui permet d'avoir une production fluide et d'exporter les couvre-chefs à l'international.

Production Chapeaux Panama

Usine de chapeaux toquilla à Cuenca - Image par David Brossard - Hats to be - Wikimedia Commons [CC BY-SA 2.0]

3. L'exportation des chapeaux de paille toquilla

C'est au début du XIXe siècle que Manuel Alfaro commence l'export massif des couvre-chefs. Les chapeaux de paille quittent les ports équatoriens par bateau et sont revendus au Panama. Par la suite, il développe les exports depuis le Panama vers le reste du monde, particulièrement vers les États-Unis. Dès 1850, les américains achètent 220 000 chapeaux de paille Panama par an.

Manuel Alfaro lègue son entreprise à son fils Eloy. Ce dernier la développe encore plus et finance la révolution libérale de l'Équateur. C'est ainsi qu'il réussit à se faire nommer président de l'Équateur à deux reprises. Bien entendu, devant le succès des chapeaux, d'autres entrepreneurs sont venus s'installer pour répondre à la demande toujours croissante.

4. Développement de la chapellerie à Cuenca

Voyant une opportunité de développement pour leur ville, les élus locaux ouvrent une fabrique de chapeau en 1836. Cependant, ce n'est qu'à partir de 1845 que l'industrie se développe réellement. Don Bartolome Serrano développe alors le réseau d'approvisionnement en paille toquilla. Par la suite, il achète des milliers d'équipements et engage des maîtres tisserands issus de Montecristi.

Chapeaux de Paille Panama

Image par Dr.bb8 - Wikimedia Commons [CC BY-SA 4.0]

Disposant d'une importante influence politique, Serrano rend obligatoire l'apprentissage de la fabrication de chapeaux dans sa province. Cela concerne aussi bien les enfants que les adultes et des tisserands sont même recrutés en prison. C'est ainsi que la chapellerie devient rapidement une activité extrêmement rentable et puissante dans la région.

5. Rivalité entre chapeaux Montecristi et Cuenca

Dans la ville de Biblián près de Cuenca, les tisserands développent un savoir-faire d'une qualité remarquable. Ils se démarquent au point de rivaliser avec Jipijapa et de Montecristi. En effet, les chapeaux de paille toquilla qu'ils fabriquent sont très fins et de haute qualité. C'est pour cette raison qu'on retrouve aujourd'hui des chapeaux Panama Montecristi et Cuenca.

Fabrication d'un chapeau Panama

Les chapeaux de paille Panama sont réputés pour leur finesse et leur robustesse. Cela est le résultat d'un processus de fabrication long et rigoureux, que nous allons résumer ci-dessous en quelques lignes.

1. Préparation de la paille toquilla

Récupération des fibres

Fibres Palmier Toquilla

Les fibres du palmier sont soigneusement sélectionnées - Image par BlankeVla - Wikimedia Commons [CC BY-SA 3.0]

La récolte des tiges du palmier Toquilla est la première étape dans la fabrication de la paille. Les équatoriens séparent ensuite la fibre de l'écorce verte de la tige. Les fibres sont bouillies dans le but d'éliminer la chlorophylle, puis séchées.

Blanchiment des fibres

Dès que les fibres sont sèches, les artisans les blanchissent au soufre sur un feu de bois. Ce processus de blanchiment est réalisé à deux reprises. Par la suite, les fibres sont étendues pour sécher une nuit à lumière de la lune. Le lendemain, la paille sèche est prête à être fendue en fils fins. Cette opération est réalisée à la main, à l'aide des ongles.

2. Tissage de la paille

La paille est désormais prête à être tissée. C'est là que le savoir-faire des tisserands entre en jeu. Ces derniers commencent par faire un point central puis ils tissent la couronne, du haut du chapeau vers le bas. Les artisans finissent par le bord du chapeau.

Tissage Chapeau Panama

Le tissage des chapeaux Panama est l'héritage de la tradition équatorienne depuis des générations. Il s'agit d'un art qui nécessite une grande précision ainsi qu'une bonne endurance physique. En effet, il faut tisser plusieurs semaines pour compléter un seul chapeau. C'est pour cette raison que les femmes et les enfants sont majoritaires dans la confection de ces couvre-chefs.

La valeur d'un Panama se trouve essentiellement dans sa finesse. Plus le chapeau est fin et plus il vaudra cher. Cela est la conséquence du travail requis, car certains chapeaux demandent plus d'une année de travail ! Dans ce cas, tout le processus est soigneusement suivi par un maître tisserand, qui choisit lui-même une paille de qualité exceptionnelle.

3. Lavage du chapeau

Lorsque le chapeau est tissé, il convient de le laver. Cela permet d'éliminer toutes les taches. Pour cela les artisans le trempent entièrement dans un liquide spécifique. Le couvre-chef doit ensuite sécher avant d'être mis en forme.

4. Mise en forme du Panama

Suite au séchage, les artisans repassent le chapeau avec une presse chaude, puis ils le battent. Ils façonnent ensuite le couvre-chef, au cours d'une processus appelé blocage. Enfin, les artisans ajoutent les rubans externe et interne, puis le placent dans un moule chaud et une nouvelle presse. Le Panama est alors prêt à être commercialisé.

Styles de chapeaux Panama

On détermine le style d'un chapeau de paille Panama par sa forme, ainsi que par la taille de sa couronne et de son bord. Retrouvez ci-dessous les modèles de couvre-chefs les plus connus.

Chapeau Panama Fedora

Ce style s'est popularisé dans les années 40 car il était porté par les acteurs masculins hollywoodiens. Ces mêmes célébrités le portaient également dans leur vie de tous les jours, ce qui l'a rendu attractif. De nos jours, le Fedora est le plus populaire des Panama commercialisés dans de nombreux pays du monde.

Chapeau Panama Montecristi Fedora

Chapeau Panama Optimo

Voici le style original du Panama, le grand classique. Les équatoriens le nomment même : chapeau de paille toquilla naturel. Les britanniques le préfèrent encore aujourd'hui au Fedora, comme en témoigne la popularité de l'Optimo au Royaume-Uni.

Chapeau Panama Plantation

C'est le couvre-chef que porte Clark Gable dans le film hollywoodien Autant en Emporte le Vent. C'est un autre style qui convient aux messieurs en quête d'élégance et de perfection.

Les chapeliers proposent une multitude de variantes lors de l'achat d'un véritable Montecristi ou Cuenca. Vous pouvez choisir le ruban gros-grain qui fait le galon du chapeau. Vous pouvez aussi choisir la couleur de la bande de confort interne.

Styles Chapeaux Panama
Boutique "La Casa del Sombrero" - Image par Alex Proimos - Wikimedia Commons [CC BY 2.0]

Comment reconnaître un chapeau Panama original ?

Entre acteurs hollywoodiens et personnalités publiques, le chapeau de paille toquilla est devenu un incontournable des célébrités. Il est encore aujourd'hui un ticket d'entrée unique pour se forger un look intemporel. C'est pourquoi la demande ne fait qu'augmenter. Il convient donc d'être vigilant à ne pas acheter un faux par inadvertance.

Soyez vigilants aux système de classement indicatifs que proposent les chapeliers. En effet, il s'agit d'une échelle propre à chaque vendeur. Ainsi, d'un commerçant à l'autre, la note 10 peut correspondre à une qualité très différente. Cependant, voici quelques éléments qui vous permettront de vous assurer que vous achetez un chapeau Panama authentique.

1. La qualité de la paille 

Plus la paille de toquilla est fine, plus le couvre-chef a de valeur. En effet, c'est ce qui va permettre au maître-tisserand de tisser très finement. Vérifiez aussi que la paille ait une couleur uniforme. Avec le temps, vous souhaitez que votre chapeau reste beau dans son ensemble.

2. La finesse du tissage

Tissage Panama Fin

Assurez-vous que le tissage soit régulier, c'est à dire qu'il n'y ait pas de variation entre les rangées. La qualité s'évalue au niveau du tissage, qui doit être régulier et serré.

Comment mesurer la finesse d'un chapeau de paille ?

C'est très simple. Il suffit de compter le nombre de rangées de tissage par centimètre, d'abord horizontalement puis verticalement. Vous pouvez noter la valeur obtenue et la comparer ensuite avec vos autres coups de cœur. 

Combien de rangs contient un chapeau de luxe ?

Les plus beaux chapeaux Panama comptent entre 310 et 620 rangs par centimètre carré. Cela correspond au travail d'un maître tisserand sur une durée de quatre à huit mois. Bien évidemment, fabriquer un tel chef d'œuvre nécessite des années d'expérience.

3. Le coût des Panama originaux

Chapeaux Panama A Vendre

Un chapelier à Sigsig en Équateur - Image par M M - Wikimedia Commons [CC BY-SA 2.0]

Tous les artisans équatoriens n'ont pas le même savoir-faire. Seuls les meilleurs d'entre-eux conçoivent les plus beaux couvre-chefs. Par conséquent, le prix d'un chapeau exceptionnel est élevé.

Certes, il ne serait pas raisonnable d'évaluer la qualité d'un couvre-chef uniquement par son prix. Néanmoins, chez un même chapelier, il s'agit d'un bon indicateur vous permettant de comparer les modèles. L'idéal reste tout de même de se fournir au plus proche de la source de production : en Équateur.

Si vous n'êtes pas prêt à mettre plusieurs centaines voire milliers d'euros dans un chapeau Panama, il existe aussi des modèles ordinaires. Ces derniers peuvent être de bonne qualité et ils sont fabriqués en quelques jours. Cependant, un expert saura vite distinguer un chef d'œuvre d'un couvre-chef ordinaire.

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